UN PEU D'HISTOIRE

Le pin maritime est une espèce particulièrement bien adaptée aux conditions locales.


L’ÂGE D’OR
Dans l’Antiquité, la poix récoltée en Aquitaine était déjà illustre et faisait l’objet d’une commercialisation intense vers le Bassin Méditerranéen. L’empire Romain l’utilisait pour la construction navale (calfatage notamment).
Dès le début de l’ère industrielle, et pendant plus d’un siècle, c’est toute la région qui a connu une certaine prospérité grâce au gemmage. La Guerre de Sécession, aux Etats-Unis, a créé une opportunité commerciale de du fait que la production américaine a brusquement chuté. Cette guerre a donc largement participé à déclencher l’essor de notre résine et le pin maritime (Pinus pinaster) est devenu l’arbre d’or : l’arbre d’or de l’âge d’or !
Lors de la dernière guerre mondiale, l’Allemagne nazie a fait revenir chez eux en Aquitaine, les prisonniers de guerre qui étaient des gemmeurs, et ce dès 1941. C’est dire l’importance que représentait à l’époque la résine aux yeux de la machine de guerre allemande !

DES DIFFICULTÉS…
Toutefois, cette prospérité ne doit pas masquer de multiples et graves conflits sociaux entre les propriétaires et leurs métayers, conflits encore profondément graves de nos jours dans les esprits. II semble clair aujourd'hui que la répartition de cette prospérité n'était pas satisfaisante, et que le métayage était un statut inadapté a cette filière.
Par ailleurs, des pays émergents tels que l'Espagne et le Portugal sont arrivés sur le marché, avec des prix de résine bien inférieurs aux n6tres.
Ces difficultés d'origines diverses ont entrainé un déclin progressif de l'activité, jusqu'à son abandon complet décide officiellement en 1990 à la suite d'une visite-éclair de deux inspecteurs généraux missionnés par le gouvernement.

… MAIS AUSSI DES ATOUTS
Le pin maritime (le fameux Pin des Landes) est une espèce particulièrement bien adaptée aux conditions locales. II ne faut pas s'imaginer que, avec son soleil, ses plages, sa gastronomie, et sa douceur de vivre, l'Aquitaine soit une terre accueillante pour les arbres. Au contraire, les conditions sont dures : le sol est pauvre, souvent sec, les pluies arrivent a contre-saison (les terres sont inondées en hiver et desséchées en été), les vents sont parfois violents et peuvent en une nuit ruiner des décennies de croissance, l'incendie est partout menaçant...
...et pourtant, la gemme extraite du Pin des Landes possède certaines qualités supérieures à celle de bien d'autres résineux de par le monde. Elle est par exemple dépourvue d'une certaine molécule aux propriétés très allergisantes, le 3-carene, ce qui lui ouvre naturellement tous les débouchés d'ordre médical, pharmaceutique, ou cosmétique.
D'autre part, l'organisation socio-professionnelle française actuelle offre les conditions idéales pour garantir la traçabilité de la moindre goutte de résine. Ce produit d'origine strictement naturelle, et dont la composition chimique est maintenant bien connue, entre aisément dans le cadre de dispositifs réglementaires tels que la circulaire européenne REACH, très pointilleux sur ce genre de détails.
En outre, les procédés modernes de récolte « en vase clos » permettent d'obtenir une résine extrêmement pure : la proportion de résidus, qui était proche de 15 % dans le procédé traditionnel du système Hugues, est aujourd'hui négligeable. Enfin, ces nouveaux procédés permettent également de limiter l'évaporation de la part volatile (l'essence de térébenthine), ce qui augmente donc la production en volume, mais surtout en valeur.
Ces atouts ont généré, après vingt ans de rupture, un certain nombre d'initiatives cherchant à recréer cette activité.

DE LA TRADITION A L’INNOVATION
Au XIXe siècle, le développement du massif de pin maritime a provoqué une forte extension de la production de résine, et de nombreuses distilleries se sont créées en Gascogne, jusqu'en Charente, et même dans le Lot et dans le Var. En 1950, on en dénombrait environ 111.
Pour notre région, les emplois et les revenus furent intégrés dans les conditions du métayage (partage a moitié des récoltes, assorti de redevances). Le propriétaire des forêts exploitées prélevait même sur la part des résiniers une participation au coût de « la vaisselle » (c'est ainsi qu'on dénommait le petit matériel de récolte : crampons, pointes, pots…).
Nous sommes aujourd'hui fort heureusement loin de ces conditions, bien que la forêt demeure propriété privée a plus de 90 %, le domaine public (Etat, départements, et communes) n'en possédant que très peu.
Dans l'optique d'une reprise de la collecte de résine, ii conviendra bien s0r de réfléchir aux structures à mettre en place, notamment sur le plan social et professionnel : statut, rémunération, formation, organismes, etc...
L'essentiel est que ce soit ouvert à toutes les idées. II se peut que naissent des initiatives individuelles chez les propriétaires par exemple ou même collectives. Les intervenants de la production peuvent aussi, personnellement ou collectivement, selon la formation reçue, constituer des structures, encouragées bien s0r.
Cette production étant par nature saisonnière, ii sera indispensable que l'emploi donne lieu à des conventionnements vers des activités complémentaires, telles que la distillation de la gemme, ou la foresterie dans ses diverses branches (sylviculture et exploitation notamment). Toutes les idées sont recevables.